jeudi 29 mai 2008

Les patrons du Cac s'éclatent

57,8 %. Tel est le taux d’augmentation des revenus des patrons du CAC 40 en 2007. Alors que les salaires font grise mine, une poignée de grands patrons s’offrent des augmentations indécentes. Le MEDEF fait mine de dénoncer des « excès scandaleux ».

Dans la Gaule déçue par les mirifiques promesses du candidat Sarkozy en matière de pouvoir d’achat – « Les caisses sont vides », avait-il finalement expliqué, une fois devenu le césar de l’Élysée –, un petit village résiste encore et toujours à la morosité envahissante. C’est la tribu des grands patrons et des cadres dirigeants des entreprises du CAC 40. Modération salariale ? Pouvoir d’achat en berne ? Gel des revenus ? Eux, ils n’en ont cure…
Dans un contexte où tout augmente sauf les salaires du plus grand nombre, ils festoient et se gobergent allègrement : + 5 % de salaires de base, + 5% pour les bonus, + 6 % pour les jetons de présence dans les conseils d’administration, + 52% de dividendes et + 351 % de stockoptions. D’après une enquête publiée hier dans le mensuel l’Expansion, les revenus encaissés par les patrons des 40 plus grandes entreprises françaises ont augmenté de 58% l’année dernière : la somme totale de leurs rémunérations serait passée de 102 millions en 2006 à 161 millions d’euros en 2007. En tête de ce palmarès assez indécent, Pierre Verluca, PDG de Vallourec, accumule 18,12 millions d’euros (+ 2 312 % d’augmentation par rapport à 2006, une rémunération due à une plus-value réalisée sur ses stock-options). Il est suivi par Gérard Mestrallet, PDG de Suez (15,54 millions d’euros, + 364 %) et Xavier Huillard, de Vinci (13,10 %, + 552 %). Henri Proglio (Veolia Environnement, 7,33 millions d’euros, + 207 %) et Henri de Castries (Axa, 5,53 millions d’euros, + 22 %) complètent le tableau.
Certains patrons se sont offert des progressions à deux chiffres de leurs salaires de base, selon le mensuel, qui cite encore Guillaume Poitrinal, directeur général de la société immobilière Unibail-Rodamco (+ 46 %), ou Patricia Russo, la directrice générale d’Alcatel (+ 26 %) avec 1,2 million d’euros. Le plus gros salaire (2 millions d’euros) revient toujours au directeur général de L’Oréal, Jean- Paul Agon. D’après les calculs del’Expansion, quelques milliers de cadres dirigeants des entreprises du CAC 40 pourraient se partager en moyenne 67 601 euros de plus-values sur leurs stock-options.

LE MEDEF DANS L’EMBARRAS
À la mi-février, lors de la publication d’une première étude qui livrait des résultats du même tonneau – les rémunérations de trois patrons sur quatre du CAC 40 ont progressé de plus de 40 % en 2007 –, Laurence Parisot, la présidente du MEDEF, a d’abord tenté d’en minimiser l’impact. « Cette augmentation m’étonne parce qu’une autre étude, faite sur des schémas comparables, révélait il y a deux mois que les dirigeants des entreprises du CAC 40 avaient vu leur rémunération baisser de 8 % sur la même période, avait-elle affirmé sur France 2. Je vais saisir le comité éthique du MEDEF dès demain matin pour auditer, recevoir les auteurs de ces deux études et avoir une vision fiable, objective de la situation. » Hier matin, celle qui jugeait il y a trois mois « normal, archinormal que des dirigeants de très grandes entreprises soient très bien payés, sinon ces talents-là, nous ne les gardons pas dans notre pays », a tenté d’éteindre le feu, comme à son habitude, en noyant le poisson : « Depuis quelques mois, le comité éthique du MEDEF travaille en profondeur sur cette question, a expliqué Laurence Parisot sur LCI. Il va présenter au plus tard en septembre un certain nombre de conclusions et de recommandations sur l’utilisation du système des stock-options en France. Il est évident qu’il y a des normes, des références à introduire, pour éviter les excès scandaleux. Je peux d’ores et déjà vous dire que nous considérons comme anormal de rémunérer l’échec et nous nous posons des questions également sur le dévoiement du système de stock-options. Aujourd’hui, il y a une utilisation largement abusive du système. »
Mais au bout du bout de son exercice d’exaspération, la présidente du MEDEF livre le fond d’une pensée sans surprise : pas question pour elle de « légiférer » ou d’« interdire » les stock-options, car toute loi serait « certainement très dangereuse pour l’attractivité de la France ». « Cela provoquerait une sorte d’exil des meilleurs talents français », prophétise-t-elle. Du côté de l’UMP, Frédéric Lefebvre, porte-parole du parti du président, « souhaite un débat transparent devant l’assemblée générale des actionnaires sur tous les éléments de rémunération » des dirigeants d’entreprise et que soient prévues « les conditions d’indemnités au moment de départ, qui doivent varier avec la situation de l’entreprise ».

Thomas Lemahieu paru dans l’Humanité du 29 mai 2008

Source : http://www.humanite.fr/Les-patrons-du-Cac-s-eclatent

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