vendredi 10 juillet 2009

Une condamnation sévère du capitalisme financier

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Par Elie Hoarau
Député européen, secrétaire général du Parti communiste réunionnais.


C’est de Rome, et non pas
de L’Aquila en Italie, que surgit la condamnation
la plus sévère
du capitalisme financier.
La dernière encyclique du pape Benoît XVI, Caritas in veritate appelle
à une « nouvelle synthèse humaniste »
dans une dénonciation lucide du marché : « Abandonné au seul principe de l’équivalence de valeur des biens échangés, le marché n’arrive pas à produire, dit-il,
la cohésion sociale » car « l’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande ».
Pour le pape « le grand défi qui se présente à nous c’est de montrer que dans
les relations marchandes les principes
de gratuité et la logique du don peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur
de l’activité économique normale ». Comment ne pas partager cet appel
à donner à une économie mondialisée « destructrice » un visage humain, où
« les droits fondamentaux d’une grande partie de l’humanité sont violés » par
la seule « recherche du profit ».
Pour Benoît XVI, la crise actuelle, qui
se caractérise par les « effets délétères sur l’économie financière réelle d’une activité financière mal utilisée », doit être
« une occasion de discernement », et doit mettre les « hommes en capacité d’élaborer de nouveaux projets ».
Dans cette perspective, il ouvre quelques champs d’action qui pourraient inspirer
les dirigeants de la planète. Il préconise
une économie fondée sur l’éthique,
une meilleure gouvernance mondiale où « le développement des peuples dépend
de la reconnaissance où nous formons
une seule famille ». Cela signifie
un accroissement de l’aide au développement, une gestion humaine
des flux migratoires ainsi que la recherche des voies institutionnelles pour réglementer l’exploitation des ressources non renouvelables.
À ceux qui s’en étonneraient, la prise
de position du pape que nul ne pourrait taxer de révolutionnaire s’explique aussi du fait que l’ordre dominant actuel qui sacralise le marché est l’expression
d’une crise profonde des valeurs. Lorsque le matérialisme avance avec l’ultra-individualisme, c’est l’immatériel et
la solidarité qui reculent. Lorsque le marché et les supermarchés sont consacrés comme de nouveaux temples, ce sont
les Églises qui se vident et le monde des idées et de l’engagement qui se tarissent.
La volonté d’ouvrir les magasins
le dimanche sont de ces atteintes qui agrégées les unes aux autres concourent
à cette désaffection.
Mais pour être crédible et entendue dans sa dénonciation des intégristes du marché, encore faut-il que l’Église s’applique
à elle-même ce nouvel humanisme
en renonçant à ses propres intégrismes
sur les questions de l’égalité de la femme, du préservatif et de l’homosexualité.

Source : http://www.humanite.fr/2009-07-09_Tribune-libre_Elie-Hoarau-Une-condamnation-severe-du-capitalisme

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